Faute de financement, le CALACS Longueuil pourrait fermer ses portes
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La mobilisation du CALACS Longueuil vendredi matin, devant les bureaux du ministre Lionel Carmant, à Longueuil [Photo : CALACS Longueuil] |
Le CALACS Longueuil, un organisme qui vient en aide aux victimes d'agressions sexuelles, risque de fermer ses portes, faute de financement récurrent adéquat.
De son nom complet, le Centre d'Aide et de Lutte contre les Agressions à Caractère Sexuel devrait fermer ses portes en septembre s'il n'obtient pas l'argent nécessaire pour continuer ses activités. « Avec un budget récurrent annuel de 85 533$ par année, le CALACS Longueuil ne sera pas en mesure de poursuivre ses services d’intervention individuelle et de groupe au-delà du 31 septembre 2025 », indique l'organisme communautaire par voie de communiqué.
Ce montant annuel, qui lui est fourni par le Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC), est sensé permettre au centre de mener sa mission, qui est de recevoir des appels de survivantes d'agressions sexuelles, faire des suivis, offrir des groupes de soutien et des ateliers ainsi que de faire de la sensibilisation dans les écoles.
Cela dit, depuis son ouverture en juin 2022, le CALACS Longueuil mène des opérations qui nécessiteraient davantage de financement. « On survit depuis trois ans à partir de projets qui sont ponctuels », et qui comportent un financement singulier, précise Sylvie Langlais, coordonnatrice au CALACS Longueuil. Une fois le montant épuisé, le centre doit effectuer le suivi des dossiers de ces projets ponctuels en pigeant dans son budget de base, qui est déjà trop peu pour couvrir ses activités quotidiennes.
Selon Mme Langlais, le seuil plancher prévu par le PSOC pour un organisme comme le CALACS est de 424 000 $. « Ça été négocié, mais le gouvernement a mis un petit bémol en disant "dans la mesure du possible, le gouvernement s'engage", donc "dans la mesure du possible", c'est la phrase clef qui fait qu'il y a un désengagement clair et net », dit Mme Langlais. C'est donc pour cela que l'organisme réclame un 350 000 $ de plus annuellement pour se détacher du respirateur artificiel.
Le CALACS Longueuil étant le plus jeune au Québec, il se retrouve au bas de la liste de financement du PSOC, ce qui explique également la minceur du montant lui étant accordé. L'organisme dessert toute l'agglomération de Longueuil ainsi que la MRC de Marguerite D'Youville, ce qui représente environ 35% de la population de la Montérégie. « On a un très grand territoire à couvrir avec un petit budget », déplore la coordonnatrice. Si le centre ferme ses portes, les survivantes devront être se tourner vers les quelques autres CALACS de la région.
Plus d'une centaine d'intervenantes et de partenaires du centre d'aide, ainsi que des survivantes d'agressions, se sont mobilisées ce matin devant les bureaux du ministre responsable des Services sociaux et député de Taillon, Lionel Carmant, dans le but de demander un meilleur soutien financier récurrent au gouvernement du Québec. Selon Mme Langlais, l'organisme essaie de joindre M. Carmant depuis un certain temps afin de lui démontrer l'urgence de la situation, mais sans succès.
« Pour la quatrième plus grande ville au Québec, ça faisait plus de 20 ans que les femmes réclamaient un CALACS. Avec le poids d'un financement au développement social de la Ville de Longueuil, on a réussi à le mettre sur pied, mais là, c'est dans les mains du gouvernement provincial. Ça n'appartient pas au municipal, c'est au provincial de financer ça, c'est dans sa cour », lance Sylvie Langlais.
Elle reste tout de même optimiste, et croit que les demandes du CALACS se feront entendre : « Je ne peux pas concevoir que le gouvernement, en 2025, avec le mouvement #MeToo, tous les chiffres qu'on leur a remis (au gouvernement) et le nombre de femmes qui a besoin de soutien, ne reconnaîtra pas les besoins du CALACS. »